Première lecture au Convivial'Café, le samedi 18 avril 2015 à 19H30, au Convivial'Café, 12 rue des écoles à Landes-le-Gaulois.

 Lecture à 4 voix d’extraits de différents ouvrages de Régine Deforges, romans, chroniques publiées dans l’Humanité, échanges de lettres avec Sonia Rykiel.
Son passé d’éditrice sulfureuse est évoqué à travers quelques passages de Le Con d’Irène de Louis Aragon et de Lourde, lente d’André Hardellet.

Avec Michèle LOYER, Michèle DRAGIC, Chantal MICHAUD et Janine GOUZOU du Théâtre de l'Épi.


[ Lecture réservée à un public averti]

  Après la lecture, nous vous proposons une petite auberge espagnole, à la bonne franquette... Venez avec un petit plat salé ou un petit plat sucré...

[Extrait]  

Le soleil était déjà haut. Dans l'aire la batteuse se mettait en marche.
J'aimais beaucoup regarder les hommes enfourner dans l'énorme gueule de la machine les belles gerbes de blé.
  L'heure tant attendue du dîner approchait. Je me mettais aux tables des hommes qui se poussaient pour me faire une petite place.
  J'aimais ces rudes présences masculines, ces grandes mains calleuses, ces épais pantalons de velours. J'aurais voulu qu'ils me prennent dans leurs bras à tour de rôle, qu'ils me chatouillent le corps avec leurs moustaches brunes ou blondes, qu'ils me pétrissent de leurs mains sèches, qu'ils sucent mes seins inexistants et entrouvent mon sexe imberbe. Je connaissais l'émotion qui se cachait là, mais j'aurais aimé que ce soit un autre doigt que le mien, une autre langue que celle du chien de Lucie qui me la procure.
  J'étais très provocante avec ces hommes. J'étais au comble du bonheur quand l'un d'eux me prenait sur ses genoux, me laissait manger dans son assiette et boire dans son verre. Si de sa grande main rugueuse il me tenait par la nuque, je me laissais aller, alanguie, les yeux mi-clos, toute au délice qui m’envahissait.
  Ce simple geste est un de ceux que j'espère et redoute le plus car il me soumet presque immanquablement au désir de I’homme. La gorge sèche le cœur battant, les mains ballantes, les jambes molles, le ventre taraudé de désir d'être comblé, envahi par le sexe de l'homme, cette main me transmet des ordres auxquels je ne peux qu’obéir...

Régine Deforges, Blanche et Lucie, Fayard, 1976