Jeanne Benameur, Otages intimes, Actes Sud

Jeanne Benameur est bercée par deux cultures, celle de l’Algérie qu’elle quittera enfant pour fuir la guerre et celle de la France. Elle écrit aussi bien des romans destinés à la jeunesse que des romans pour adultes. Elle a d’ailleurs reçu le prix RTL/Lire pour son roman Profanes en 2013 (Actes Sud et Babel).
  Etienne, photographe de guerre est libéré au terme d’une période de captivité. Il retourne dans son village natal retrouver sa mère et ses deux amis d’enfance, Enzo, ébéniste et joueur de violoncelle, et Jofranka, devenue avocate à La Haye et qui aide les femmes victimes de guerre à se reconstruire.
  Etienne tente de reconstituer le cocon de son enfance, cocon qui lui permettrait, pense-t-il, de reprendre pied dans ce monde où il se sent très seul après ces mois de captivité.
  Tout au long de ce roman, chaque personnage du roman va se découvrir, se libérer ou essayer de se libérer des non-dits de l’enfance, des petits sacrifices, selon la perception des souvenirs de chacun. Ils se posent tous les trois la même question : « quelle est la part d’otage en chacun de nous ? ».
   Ce roman trace les chemins de la liberté vraie, celle que l’on ne trouve qu’en atteignant l’intime de soi.
[Isabelle]


Sophie Chauveau,
Diderot, Editions Télémaque
.

Pour 7, 80 € [édition de poche, Folio], on n’a plus rien, sauf un captivant livre sur Diderot. Sophie Chauveau consacre le premier chapitre à une fugue ratée du futur écrivain. A presque 15 ans, il souhaite aller à Paris pour : « Ecrire, déclamer au théâtre, arrêter les injustices » mais au moment du départ il se fait pincer par son père. Pour le décrire, la romancière dit du jeune homme : « Ses gestes, on les croyait indépendants, sinon de sa volonté, du moins de lui-même.» Ce livre n’est pas écrit avec une truelle. L’auteur titre “le débraillé". Au niveau vestimentaire, pourquoi pas. Question style, c’est l’inverse : la grande classe. Sophie Chauveau raconte la scène de l’explication de la tentative de fuite avec la précision d’un tableau de Greuze. Tout y est. On s’y croirait. Mieux qu’une caméra. Une caméra-stylo dirait Alexandre Astruc. Est-un roman ou une biographie ? Disons une biographie romancée car il y a trop de dialogues. Ils sonnent tous justes. Ce qui n’est pas un mince exploit d’écriture. Il est plus attractif de lire un livre vivant qu’un livre ressemblant trait pour trait. Sophie Chauveau suit la chronologie ce qui permet de grandir avec Diderot. Après son refus d’embrasser le destin d’un homme d’église, il vit dans la bohême, et parvient à publier ses premiers écrits. Lorsqu’il veut se marier et refuser d’épouser la carrière ecclésiastique, son père le fait mettre en prison dans un couvent. Il s’évade et se marie. Devenu père, il aura le traumatise de perdre trois enfants en bas âge dont un jeune fils qui était un garçonnet hors du commun. Sa paternité ne put s’accomplir que sur fille qui lui donnera un petit-fils et une petite-fille (Minette) qu’il verra hélas mourir. Le grand-père la suivra au tombeau, trois mois après. Rien que l’énoncé de sa vie familiale nous plonge dans le chagrin.
Sait-on la chance qu’on a de vivre sous les progrès de la médecine. Non ! Si j’en juge la folie contemporaine : vitesse, tabac, alcool, came… Plus on a tout moins on est heureux. Revenons à Diderot, l’un des plus bels esprits des lettres françaises. Sophie Chauveau nous le rend très proche. Elle traite à plusieurs reprises de l’amitié Diderot-Rousseau jusqu’à leur brouille. D’eux, elle dit : « Ils sont pareils : une femme servante à la maison et des femmes savantes dehors. » Belle formule. Comme Rousseau lit dans L’Encyclopédie un article désagréable sur Genève, il estime que Diderot l’a laissé passer pour nuire au Suisse qui habita un temps Montmorency. En fait, l’article signé d’Alembert a subi l’influence de Voltaire qui a critiqué la ville protestante pour rendre fou de rage Rousseau. Lire ce livre nous plonge dans le XVIIIe siècle, de manière sérieuse mais avec beaucoup de vivacité d’esprit. « Mes pensées ce sont mes catins » disait Diderot. De belles catins. On couche avec elles sans la moindre hésitation. Diderot n’a pas toujours été admiré. Pour qu’on trouve Le Neveu de Rameau dans les librairies françaises, il a fallu d’abord qu’il soit traduit par Goethe pour attirer l’attention des Français. [Source : blogmorlino.com]

 


Wilkie Collins,
La Pierre de lune, Archi-Poche
 

  La Pierre de Lune est supposé être le premier roman policier de langue anglaise. Ecrit en 1868 par Wilkie Collins, il paraît sous forme de feuilleton dans un journal et rencontre très vite un vif succès.  L'intrigue est très liée à la forme même de cette 1ere publication : en effet, pour entretenir l'intérêt du lecteur, chaque chapitre se termine par de multiples rebondissements et interrogations.
   L'intrigue est complexe. La Pierre de lune est un énorme diamant jaune, dérobé en Inde lors d'une bataille par le colonel Herncastle, un aventurier anglais dénué de scrupules. Jusqu'alors, ce diamant ornait le front d'une statue représentant une divinité hindoue. Après ce vol, une malédiction est lancée contre le porteur de ce diamant.
De retour en Angleterre, Herncastle est mis au ban de la bonne société anglaise. Pour se venger de sa famille, le colonel décide d'offrir en héritage ce « porte-malheur » à sa nièce, Rachel Verinder pour ses 18 ans.
  Il est acheminé par un cousin de cette dernière, Franklin Blake. Le jeune homme se tient sur ses gardes car il s'aperçoit  à Londres que 3 Indiens le suivent.
Le diamant est offert à Rachel lors d'une soirée d'anniversaire particulièrement tendue : elle refuse d'épouser un des convives, les Indiens sont aperçus à proximité de la maison, et Franklin Blake, épris de sa jeune cousine se dispute violemment avec un autre des convives, un médecin, le Dr,Candy au sujet des progrès de la médecine.
   A la fin de la soirée, le diamant est enfermé en lieu sûr dans la chambre de la jeune femme, mais le lendemain matin, il a disparu. La police locale est dépassée par la situation et un détective très connu, le sergent Cuff est appelé. Cependant, le mystère reste insoluble et chacun rentre chez soi. Le temps passe, mais l'histoire continue...

[Valérie]


Jean-Paul Dubois, Une vie française, Points Seuil
  Le narrateur, Paul Blick, est (comme l'auteur) né à Toulouse en 1950. Il raconte son parcours et sa vie depuis l'âge de huit ans (1958) jusqu'à celui de cinquante-quatre ans (2004). Le livre est découpé en chapitres portant les noms des présidents de la Ve République, de « Charles de Gaulle » à « Jacques Chirac (II) », avec même deux très courts chapitres intitulés « Alain Poher ».
  Le roman commence par le cri de la mère du narrateur, apprenant la mort de son fils aîné Vincent. Cette mort qui ouvre le roman planera sur toute la vie de Paul Blick, comme une absence et presque comme un reproche. Les chapitres qui se succèdent racontent cette « vie française » de manière très factuelle, sans grands effets et dans toute sa banalité : morosité du cocon familial, études, mariage, mésentente et éloignement entre conjoints, naissance des enfants, deuils et petites joies, travail et chômage, parsèment l'existence de Paul Blick. Photographe (c'est un des hobbies de son père, et il a hérité de l'appareil de Vincent), le narrateur se spécialise dans la photographie d'arbres et d'insectes, connaît un temps le succès puis perd tout suite aux difficultés (aux malversations ?) financières de l'entreprise de sa femme Anna : il se reconvertit alors, à cinquante ans, en jardinier paysagiste.
  L'actualité politique nationale et internationale, et en particulier les présidents de la République, s'insèrent régulièrement dans la vie de Paul Blick : parfois de très loin (le narrateur ne sait plus ce qu'il faisait le jour de l'assassinat de John F. Kennedy, manière de retourner un poncif bien connu), parfois de très près (François Mitterrand lui-même l'appelle pour demander au narrateur de faire son portrait), parfois de manière terriblement intime (comme quand le Général de Gaulle semble habiter le téléviseur familial dans les années qui suivent la mort de Vincent).
[Source : Wikipedia]

Ian McEwan, L'intérêt de l'enfant, Gallimard
  À l’âge de cinquante-neuf ans, Fiona Maye est une brillante magistrate spécialiste du droit de la famille. Passionnée, parfois même hantée par son travail, elle en délaisse sa vie personnelle et son mari Jack. Surtout depuis cette nouvelle affaire : Adam Henry, un adolescent de dix-sept ans atteint de leucémie, risque la mort. Les croyances religieuses de ses parents interdisant la transfusion sanguine qui pourrait le sauver, les médecins s’en remettent à la cour. Après avoir entendu les deux parties, Fiona décide soudainement de se rendre à l'hôpital, auprès du garçon. Mais cette brève rencontre s’avère troublante et, indécise, la magistrate doit pourtant rendre son jugement.
  Dans ce court roman, Ian McEwan allie avec justesse la froideur de la justice à la poésie et à la musicalité qui imprègnent la vie des personnages. Dans un style limpide, il crée une ambiance oppressante et fait preuve d’une complexité thématique impressionnante. Les certitudes se dérobent : où s’arrête et où commence l’intérêt de l’enfant ? [ Source : site de l'éditeur]

 

 


Barack Obama, Les rêves de mon père, Points Seuil
 
Ce livre a paru en 1995, réédité et corrigé en 2004 et en 2008, avant le 4 novembre 2008, date à laquelle Barack Obama est devenu le nouveau Président des Etats-Unis.
   Après cette lecture, le regard du lecteur a changé – notoriété oblige – : enfin connaître le nouveau "maître du monde", l’homme le plus puissant de la Terre.
  Il est certain qu’après avoir
lu cette autobiographie, l’homme d’état n’apparaît pas (pas encore) mais l’homme tout court avec ses forces et ses faiblesses se révèle.
  Extraits :
  « La quête d’un garçon à la recherche de son père, le désir de trouver un sens utile à sa vie de Noir américain »
« Tu sais pourquoi elle a eu si peur cette fois ? [demande le grand-père parlant de la grand-mère maternelle d’Obama] je vais te le dire : avant que tu arrives, elle m’a dit que le mec était Noir… c’est ça la vraie raison… ces mots me firent l’effet d’un coup de poing à l’estomac… »
  Ces deux extraits donnent le ton, on y découvre la difficulté, le complexe du Noir américain, la recherche de ses origines qui devrait lui apporter la reconnaissance, la fierté au même titre que les autres Américains.
  Si ce livre est enrichissant c’est justement là, de découvrir la difficulté de se sentir autrement. La mondialisation n’est pas qu’économique, elle est aussi humaine, irréversible. La quête d’Obama que l’on suit jusqu’au fond du Kenya, la rencontre de la famille nombreuse, joyeuse, querelleuse, devient notre famille, on décide alors de rechercher aussi nos aînés, refaire notre arbre généalogique, d’aller au fin fond de la Bretagne ou d’ailleurs pour y retrouver la trace de nos ancêtres, comme l’a fait Barack Obama.
  Avec 453 pages, c’est un beau volume mais surtout un bon livre qui laissera des traces et si en 2010 on ne devait lire qu’un seul livre, c’est celui-ci qu’il faudrait choisir : écrit avec sincérité par un homme de notre temps, profond, sensible, intelligent. Il devrait marquer notre histoire. Par le seul fait de son élection, il a déjà donné l’espoir à des millions de citoyens du monde.
  En 1968, les jeunes criaient « on est tous des juifs allemands ! » (comme Cohn-Bendit), en 2010 les moins jeunes pourraient lancer le slogan « on est tous des noirs américains ! » comme Barack Obama.[Source : Raymond Bernard sur le site encres-vagabondes.com]


Carlo Rovelli, Sept brèves leçons de physique, Odile Jacob.

Avec les mots de l’écrivain, le talent du poète, Carlo Rovelli nous fait apercevoir le mystère du monde, la beauté du monde, une beauté à couper le souffle.
  Ces « sept leçons » donnent un aperçu rapide des aspects les plus importants et fascinants de la grande révolution qui a bouleversé la physique au XXe siècle, et surtout des questions et des mystères que cette révolution a soulevés.
  Elles nous emmènent dans le monde enchanté des grandes idées de la physique actuelle : de la relativité générale d’Einstein à la physique quantique, des particules élémentaires à l’architecture de l’Univers, de la gravité quantique à la nature du temps et de la conscience.
  Un éblouissement !
  Traduit en vingt-quatre langues, les Sept brèves leçons de physique sont un best-seller mondial.
  Carlo Rovelli, physicien et historien des sciences, membre senior de l’Institut universitaire de France, est l’un des pères, internationalement reconnu, de la « gravité quantique à boucles », théorie qui cherche à comprendre l’intérieur des trous noirs et les tout premiers instants de l’Univers. Il dirige le groupe de recherche en gravité quantique au Centre de physique théorique de Marseille-Luminy.
[Source : site de l'éditeur]

 

Margaret Wrinkle, Wash, Belfond.
  Sensible, poétique, porté par une construction où s'enchevêtrent les voix de trois personnages, un premier roman comparé par une presse enthousiaste à Toni Morrison et William Faulkner, qui transcende les époques pour conter un épisode méconnu de l'histoire de l'esclavagisme aux États-Unis.
  Sa force, Wash la puise dans les voix de ses ancêtres africains ; dans les souvenirs de sa mère, Mena ; dans les rituels chamaniques auxquels elle l'a initié dans son enfance ; dans les talismans qu'elle lui a légués ; et aujourd'hui, dans ces instants volés le long de la rivière, auprès de Pallas, esclave elle aussi, métisse et guérisseuse.
Sa force, c'est ce qui lui a permis de survivre. Aux humiliations de ses anciens maîtres, jaloux de sa capacité à endurer le pire sans jamais montrer sa douleur ; aux coups qui lui ont ôté un oeil ; au marquage au fer rouge, sur sa joue, de la lettre des fugitifs.
  Cette force, c'est ce qui l'aide à supporter que Richardson, son maître, pour sauver la plantation d'une ruine annoncée, l'utilise désormais comme étalon reproducteur. Qu'il le loue chaque vendredi aux propriétaires voisins pour féconder leurs esclaves.
  Et quand sa force vacille, Wash se raccroche à Pallas et l'écoute parler du lien qui unit maître et esclaves dans une toile d'araignée aussi fragile qu'inévitable.
[Source : site de l'éditeur]


Oscar Wilds, Aphorismes, Mille et une nuits.

Pourquoi sauver cet opuscule ? Pour cet aphorisme au moins : «On résite à tout, sauf à la tentation.»
  

 

 

 

 

 

 

 

Sommaire des réunions du modeste Cercle